Je vois les épaules monter
Avant que quelqu’un parte en peur.
Je vois la bouteille d’eau
Déposée un peu trop fort.
Je sais qui va manquer sa ligne
À la façon qu’il regarde le plancher.
Je sais qui est en tabarnak
Avant qu’il ouvre la bouche.
Moi, je suis déjà derrière.
Je compte.
Je garde la porte ouverte
Jusqu’à ce que tout le monde passe.
Il y en a un qui regarde toujours à gauche
Quand il oublie la suite.
Une autre ferme les yeux
Quand elle veut pas répondre.
Le bassiste avance d’un demi-pas
Quand le morceau commence à tomber.
Personne remarque ça.
Moi, oui.
Parce que si je le vois trop tard,
Tout le monde le sent.
Derrière tout le monde,
Je vois tout arriver.
Les regards qui s’évitent.
Les mains qui vont se chercher.
Derrière tout le monde,
Je retiens le plancher.
Personne me regarde.
C’est correct.
J’ai quand même vu passer.
Les photos montrent toujours
Les trois personnes devant.
Les lumières choisissent leurs visages.
Moi, j’ai les cymbales dans le chemin
Et les épaules des autres
Dans chaque souvenir.
Une fois, on a joué la meilleure toune du set
Pendant que deux membres se parlaient pu.
Le public pensait
Que la tension faisait partie du show.
Peut-être que oui.
J’ai vu des excuses
Qui ont jamais été dites.
J’ai vu des pardons
Dans un changement de câble.
J’ai vu quelqu’un rester
Juste parce qu’un autre
Avait laissé sa place libre dans le van.
Je suis pas silencieuse.
Je parle juste moins vite
Que les autres.
Puis souvent,
Quand je suis enfin prête à dire quelque chose,
Quelqu’un compte déjà :
Un, deux, trois, quatre.
Alors je joue.
Derrière tout le monde,
Je vois tout arriver.
Les départs avant les mots.
Les retours sans s’expliquer.
Derrière tout le monde,
Je retiens le plancher.
Je suis pas dans chaque photo.
Mais j’étais là
Quand tout a failli tomber.
J’étais là
Quand la voix a cassé.
J’étais là
Quand le tempo a glissé.
J’étais là
Quand personne savait
Si on continuait.
J’ai levé les baguettes.
Puis tout le monde est rentré.